Boris Raux
Dossier mis à jour — 06/05/2026

Les épithéliums


La série des épithéliums, 2008
Série d'une centaine de gels douche et shampoings, accompagnée de tirages numériques sous verre, 30 x 30 cm


Series of sculptures and study prints 30 x 30 cm, shower gel, shampoo, glass containers

En 2008, j'ai mené une étude anthropologique consistant à collecter environ 80 % des shampoings et gels douche du marché français. C'est frappant de constater à quel point les références à la nature sont artificielles : pourquoi un rose fluo pour la papaye ? Quel est le lien entre ce parfum synthétique et le fruit lui-même ? L'industrie crée un monde abstrait autour de nous et, même si nous en sommes conscients, la nature semble bien loin de nos vies urbaines. Peut-être la meilleure solution serait-elle de s'inspirer de cet environnement « ubuesque » ? 

En haut : Vues des expositions L’école Buissonnière, ici et là, Orangerie – Espace Tourlière, Verrières-le-Buisson, 2023 — Maison de la culture du Japon, Paris, 2015
En bas : Vues de l'exposition Respirer l’art, Musée International de la Parfumerie, Grasse, 2022

À l’heure du marketing olfactif, Boris Raux fait entrer les odeurs dans ses expositions, faisant mentir Kant et Hegel qui considéraient que l’odorat ne pouvait pas donner naissance à un art.
« Archaïque », « animal », « ingrat », ce sens a trop longtemps été considéré comme inférieur. Freud pensait même que son effacement avait été nécessaire au développement de la civilisation. Depuis peu, mieux connu et revalorisé, il prend toute sa place dans les chroniques olfactives sociétales de ce jeune artiste.
L’odeur est pour lui un outil d’accès privilégié à notre inconscient et à nos sociétés de consommation parfumées où règne le chimique.
Omniprésente, elle s’infiltre, nous submerge et tend même à nous mener par le bout du nez.
Synthétique, elle symbolise l’artificiel de notre société industrielle odoriférante.
La série des épithéliums, composition de gels douche et de shampoings, paradigme de cette artificialité olfactive, nous pousse à réfléchir sur notre perception, notre mémoire et, surtout, sur notre culture.
Jouant avec ces leurres odorants, Boris Raux cherche à construire une chronique olfactive de la société et à investir le champ politique.
Quelle surprise nous réserve l’arôme synthétique du yaourt à la fraise ou la fragrance musquée du gel douche ?

Annick Le Guérer
Chercheuse, écrivaine, spécialiste de l’odorat, des odeurs et du parfum, 2008

Vues de l'exposition Épithéliums, Galerie du Haut-Pavé, Paris, 2009

© Adagp, Paris