Excess, les hors champs de la peinture
Excess : Les hors-champs de la peinture
Texte de Johann Rivat
Excess.
C’est sous ce nom que je désigne la part de mon activité picturale qui émane hors du cadre du châssis entoilé lors de l’élaboration de la peinture. Un parergon1 matériel et physique constitué des surplus de matière, gestes et outils.
À travers mon activité picturale, mon utilisation régulière d’outils « consommables » m’a amené à m’interroger sur la différence de valeur que j’appliquais entre les compositions chromatiques hasardeuses générées par ces derniers et celles ordonnancées que mon geste, par le biais du pinceau, produisait. L’une comme l’autre ayant en commun de résulter de la même intention de faire de la peinture.
J’ai alors commencé à porter une attention particulière aux traces des gestes que ces outils représentaient : l’apparition du processus pictural, les résidus du peint, pour finalement aboutir à l’acceptation du « non peint ».2
Cette prise de conscience m’a conduit à conserver mes bâches et mes chiffons, une fois leurs missions d’outils remplies, et de les stocker dans l’attente d’une « renaissance ». Un peu à la manière dont Simon Hantaï enterrait certaines de ses peintures pour les exhumer 10-15 ans plus tard.
Ces excès sont devenus une sorte de hasard pictural « négatif » de celui « positif » et intentionnel de chaque toile. Ensemble, ils partagent la dialectique propre à la peinture : ce qui de loin nous semble figurer un ciel, un arbre, une silhouette presque humaine, se trouve n’être, quand on se rapproche de la toile, qu'uniquement matière et couleur.
Cet entre-deux3 m’a toujours fasciné dans la peinture, et est fondateur de mon désir de peindre.
Ils sont une tentative de montrer le hors-champ de la peinture et de considérer l’excès, le surplus, le rebut, autrement que comme les déchets de l’activité mais comme un reflet constitutif de cette dernière.
[...] La création des Excess permet d’aborder les notions de production, de recyclage, d’économie, tant d’énergie que de moyen - l’économie du geste -4 qui, dans ces temps de confinement et de changements globaux, s’imposent comme une attention impérieuse à notre mode de vie et notre façon d’être au monde.5
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— 1.
« Un parergon vient contre, à côté et en plus de l'ergon, du travail fait, du fait, de l'œuvre, mais il ne tombe pas à côté, il touche et coopère, depuis un certain dehors, au-dedans de l'opération. Ni simplement dehors ni simplement dedans. Comme un accessoire qu'on est obligé d'accueillir au bord, à bord. Il est d'abord l'à-bord. »
Jacques Derrida, La vérité en peinture, Paris, Flammarion, 1978, p. 63 -
— 2.
Molly Warnock, Penser la peinture : Simon Hantaï, Paris, Gallimard, 2012, p. 225
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— 3.
« Comme le paratexte qui n’en est qu’un cas particulier, le parergon est difficile à définir autrement que comme un « entre deux ».
Annette Beguin-Verbrugge, Images en texte, Images du texte, Villeneuve d’Ascq, PU du Septentrion, 2006, p. 87 -
— 4.
Matthew B. Crawford, L’éloge du carburateur : Essai sur le sens et la valeur du travail, Paris, La Découverte, 2010
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— 5.
Philippe Descola, Tim Ingold, Être au monde. Quelle expérience commune ?, Presses universitaires de Lyon, 2014