Laurent Pernel
Dossier mis à jour — 27/10/2016

ANATOPIES, les lieux décalés

ANATOPIES, les lieux décalés, 2006
Vues de l'exposition, Centre d'art Le LAIT (Laboratoire Artistique International du Tarn), Albi et Castres
Photos : © Phoebé Meyer et Laurent Pernel

Issu d'une famille de marins basés sur les côtes du Nord-Pas-de-Calais, j'avais depuis quelques années envie de travailler sur cet univers maritime. C'est un monde riche de légendes, d'histoires et surtout de bateaux incroyables et fascinants. Pour l'exposition à Albi je me suis plus particulièrement intéressé aux tankers et supertankers alimentant nos sociétés en fret, pétrole et autres produits commerciaux. Je me suis rendu sur les ports de Boulogne-sur-mer et de Dunkerque et j'ai pris le temps d'observer le détroit du Pas-de-Calais, plus gros carrefour maritime au monde. J'avais besoin de me « mesurer » quasiment physiquement avec ces molosses afin de mieux les appréhender.

À Albi, deux éléments importants m'ont conforté dans ma démarche. La premier est la proximité du Tarn et du bruit du barrage. Le deuxième est le fait que Lapérouse soit né à Albi, ce qui me lie de nouveau avec la mer dans un rapport plus historique. Lapérouse, grande figure du monde maritime à la veille de la révolution Française, me mène tout droit vers le 18ème siècle. Siècle des lumières mais surtout période faste pour la découverte de terres alors inconnues et pour la construction navale.

Se met alors en place un travail formel à partir de bateaux de différentes époques (tanker, goélette, chalutier), des hybridations. Pour cette invitation au Moulin albigeois, j'ai mis en place une évocation allégorique de ma relation à ce monde marin au travers de 3 projets réunis sous un même titre : « J'hybride ».
Face à face, 2006
vidéo, 10 min
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Super Tanker Ste Cécile
Ce projet est né d'un jeu de mots, une contraction textuelle entre deux architectures que rien n'amenait à se rencontrer. D'un coté, la cathédrale Sainte-Cécile à Albi, de l'autre un navire de commerce, un porte conteneurs de la Compagnie Générale Maritime (CGM).

La cathédrale d'Albi, monument « phare » de la ville est comme un navire en attente, aux dires de certains guides touristiques, son surnom n'est autre que « le navire ». Sur les pétroliers, la partie haute qui domine le pont est appelée « la cathédrale », celle-ci reçoit tous les organes vitaux du navire, c'est le centre névralgique du bateau. Des recherches sur ces navires m'ont fait découvrir, à ma grande surprise, que la ville d'Albi, malgré son éloignement de la mer, avait bien plus qu'un pied dans l'eau, puisqu'en reconnaissance au plus célèbre de ses marins, Jean-François de Lapérouse, la ville d'Albi est la marraine du porte conteneurs LAPEROUSE de la CGM (228 mètres de long pour 32 mètres de large) qui navigue sur les mers d'Amérique du Sud.

Tous ces éléments sont venus nourrir ma réflexion pour faire naître ce navire hybride, qui trouvera sa place sous le pont neuf, près d'une pile de pont jouxtant le Centre d'art. Cette localisation me permet de jouer sur les rapports d'échelles, de renforcer la prédominance du pont et de rendre ce navire très fragile, comme perdu sous les arches du pont, une coquille de noix à la merci du tumulte du Tarn.

Laurent Pernel