Laurent Pernel
Dossier mis à jour — 27/10/2016

L'image des choses

L'image des choses, 2009
Vues de l'exposition, La Halle, Pont-en-Royans
Photos : © Phœbé Meyer et Laurent Pernel
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l'images des choses

l'images des choses

Vue de l'exposition, salle 2
Arbres en carton, dimensions variables
Plan your escape, 2009
vidéo DV couleur, 4:3, 9 min

Extrait de Hors champ / Contre-espaces, par Corinne Rondeau, 2009
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« C'est un espace ouvert et fermé qu'offre Laurent Pernel. La vidéo Plan your escape présentée à Pont-en-Royans dans L'image des choses développe un espace après le paysage romantique et post-romantique, après l'art in situ, après ces images qui à force de répétition sont devenues du déjà vu.
Les scansions fortes du montage ne ménagent pas les passages entre dehors - horizons, falaises - et dedans - espace d'exposition, fausse végétation, fixation pour une escalade factice, hamac au drapeau tricolore. Un élément les unit pourtant : un guide de haute montagne qui passe de la falaise au hamac, de l'épreuve physique des hauteurs à l'abandon du corps à la rêverie de paysages imaginaires.
Cet homme ressemble à Laurent Pernel, même implication physique définie comme action et non comme performance, même implication visuelle qui interroge la manière dont on peut donner à voir un environnement.

Après avoir observé Pont-en-Royans comme il le fait de tout lieu où il doit exposer, Laurent Pernel a cherché à faire entrer les dehors dedans : les balcons accrochés aux falaises sont ainsi devenus sur la cimaise des sortes de nids en carton ; la végétation installée dans les anfractuosités de la roche au dehors se dissémine en papiers colorés et découpés sur le mur intérieur de la galerie. Effets décoratifs sans doute, mais qui poussent à revoir de l'intérieur l'extérieur d'où nous venons.

On aurait vite fait de parler de contextualisation. Mais à bien regarder vidéos, actions filmées, interventions ponctuelles, rien n'est moins vrai. Prenez Plan your escape. Cette vidéo livre la mesure de l'action réelle du travail : donner au spectateur les moyens de voir toujours autre chose que ce qui est représenté. L'homme de haute montagne grimpe, sur son dos, point de lumière aveuglant, un miroir circulaire et plan. Puis son corps s'immobilise, révélant en plan fixe l'horizon retourné et hors-champ de la montagne derrière la caméra où nul corps ne se tient dans le visible.

On pense bien sûr à l'homme de dos de Friedrich face à une mer de nuages donnant à voir l'occultation de l'horizon par la présence de son corps et disant combien les horizons ne peuvent se saisir en totalité. Réponse objective de l'espace romantique à la recherche de l'illimité qui était déjà la fin des illusions picturales. On pense également au Double piton rocheux de Didier Rittner reprenant l'environnement de Friedrich et faisant disparaître le corps du voyageur, pour libérer la vue en plaçant deux pitons qui arrêtent autrement le regard : chercher l'infini y serait une tâche faussée.

Rien n'est moins simple que de faire voir l'espace lorsqu'on a pris la mesure de la modernité et des rumeurs de sa transparence. Deux choses sont nécessaires pour cela : voir depuis l'histoire de la représentation, malgré tout, et voir depuis le réel où nous avons les pieds fichés. » [...]