Laurent Pernel
Dossier mis à jour — 05/01/2026

Textes

Statement

Par Laurent Pernel, 2025

« L’imagination est belle et joyeuse quand elle s’est bien battue. »
— Jean Paulhan

Habiter son travail

Je m’inscris dans le temps long, le temps patient, qui permet les échanges et partenariats pour créer une coopérative d’idées et d’intentions qui additionne les énergies et les désirs. La diversité des situations rencontrées construit des liens forts et des possibilités d’agir. Le travail ne se fabrique pas dans la solitude du regard mais dans le maillage des différences et la communauté d’action.

Les enjeux de récit et d’observation d’un territoire, d’une personne ou d’un lieu, portent mon regard à différents niveaux : de l'architecture à la ville et l’espace public aux singularités historiques, sociales et géographiques. Je développe alors des dispositifs de travail et de production qui offrent le temps nécessaire à l’observation et la découverte. La marche est une alliée majeure pour réfléchir, échafauder des plans, inventer des protocoles de rencontres et des situations de travail avec les habitant·e·s. Ces personnes sont des guides précieux qui participent au dévoilement des lieux et du territoire et au déploiement du travail, comme on déploie une carte, afin d’étendre mon regard et d’inquiéter mes certitudes.


Le dessin comme fabrique du regard

Le dessin tient une place centrale dans mon travail. C’est à la fois une pratique d’atelier et une écriture nomade dans mes carnets qui m’accompagnent continuellement. Le dessin est le geste premier, qui ouvre à la recherche pour le travail en volume et la réalisation de projets dans l’espace public. C’est l’écriture du lieu et de l’espace qui précède et accompagne la préparation des films, dans une phase de repérage sur site et la préparation du cadre et des images.

Le dessin est, avant tout, plaisir et curiosité de faire apparaître ou surgir une forme et d’ouvrir un espace par le trait. Il permet une approche sensible et phénoménologique des lieux pour une meilleure compréhension de ce qui s’y joue. À l’atelier, le travail s’articule entre recherches sur carnets et dessins en grands formats. Cette alternance nourrit les expérimentations formelles et graphiques par association de techniques et de médiums : aquarelle, encre, collage et pastel. Sur le papier, des formes, des motifs, des paysages se rencontrent et s’imbriquent dans un espace dense et composite. En amont de ces séances de dessin, je mène une recherche documentaire, constituée de prises de notes photographiques et d'archivage de documents collectés dans la presse. Les dessins sont investis comme espace de montage, d’assemblage ou de rupture. Ces compositions fragmentaires révèlent des conflits formels ou spatiaux, condensent et rassemblent plusieurs temporalités. Le dessin est un espace d’expériences graphiques et de découvertes, pris dans une temporalité particulière durant laquelle des gestes simples et répétitifs dilatent le temps et construisent mon rapport au monde.


Filmer pour archiver

La rencontre crée la nécessité de filmer. L’image en mouvement requiert une méthode de travail permettant de problématiser ce qui n’est, au départ, qu’une intuition, un désir. Le film permet une écriture du monde oscillant entre fiction, documentaire ou journal de bord. Soit l’émergence de toute forme et d’écriture à même de trouver la distance nécessaire au regard le plus juste. Je filme pour comprendre et révéler les liens qui unissent des personnes à un lieu, pour retrouver les fondements d’une histoire.

Mon écriture filmique se construit sur la mémoire d’habitant·e·s, sur la particularité de situations de travail et de vie, de relation au paysage et au territoire. Par l’observation et l’écoute du réel, il s’agit de construire un récit, d’investir une forme narrative qui ouvre un espace de parole et de présence à l’autre.

Le travail du montage comprime ou dilate le temps, parfois le fige. Il met en lien et en échos ce qui est lointain, ce qui est fugace, ce que l’on oublie. Filmer pour archiver, filmer pour se raconter nos histoires.


La ville

Mon territoire de travail, lorsqu’il dépasse le cadre de la feuille, est un territoire à construire et à investir : celui de la ville et de la commune. L’espace public est une somme de lieux qu’il nous faut habiter et questionner. C’est un espace de revendication, un espace du commun fragile et sous tension, qui est pensé comme une zone de flux et de réseaux, pour une ville en transit permanent.

Les œuvres que je déploie au sein de l’espace public sont situées dans un contexte, dans une histoire. Elles font souvent référence au monument, jouent avec le réel et la matière et s’inscrivent à l’échelle du bâtiment ou de la ville. Œuvres publiques, temps collectif, elles s’installent pour prendre place. Car il s’agit bien de prendre « sa » place, d’une conquête pour redéfinir à nouveau ce territoire et éprouver des limites.

Faire écran

Par Florence Meyssonnier, juin 2009

Entretien avec Laurent Pernel

Réalisé par Le FLAC en 2009 - www.leflac.fr (extrait)

Hors-champ / Contre-espaces

Par Corinne Rondeau
Texte publié dans Semaine 40.09, Éditions Analogues, 2009
Édition Espace Vallès, Saint-Martin d'Hères - La Halle, Pont-en-Royans - ENSBA Lyon