Yveline Loiseur
Dossier mis à jour — 18/11/2020

L'Émail des prés

L'Émail des prés, 2012
Ensemble de 16 photographies et papier peint (dos bleu)
Tirages argentiques sur lambda contrecollé sur aluminium
85 x 85 cm ; 70 x 86,5 cm ; 40 x 40 cm

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"Brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frais, ruisseaux, bosquets, verdure, venez purifier mon imagination (...)" Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 7ème promenade

Aux Charmettes, j'ai souhaité réactiver la mémoire des lieux en articulant la figure de la maison avec l'espace de la nature, dans un dialogue entre l'intérieur et l'extérieur, une mise en corrélation de deux histoires contigües.
Plusieurs passages sont ménagés entre la demeure où Rousseau passa une jeunesse heureuse, et le jardin à la française, héritier d'une culture monarchique qu'il combattait ; plusieurs dimensions cohabitent, qui font écho à la transformation de ce havre du bonheur en maison du souvenir désormais peuplée de visiteurs et de fantômes. Le dialogue entre la douceur du logis et la cruauté du monde s'accompagne ainsi d'un vis-à-vis entre l'enfance et la vieillesse.
A l'intérieur, dans une pièce de la maison, j'ai déroulé un papier peint pensé en écho aux tapisseries florales qui couvrent les murs des chambres de Jean-Jacques et de Madame de Warens. Démultipliée, une fleur blanche apparaît et disparaît dans l'obscurité comme un souvenir obsédant. Elle dessine un rideau à demi fermé sur lequel émergent quelques tableaux de l'enfance.
Dans le jardin, j'ai reconstitué l'image de la maison en trois ensembles de quatre pans de murs, dans un mouvement qui rappelle celui de l'autobiographie, dévoilement des secrets du dedans à l'inconnu du dehors.
Plusieurs séries de photographies y sont associées. Trois visiteurs sont mis en scène en regardeurs absorbés ou en ombres furtives et photographiés dans chacune des pièces de la maison ; ils impriment leurs silhouettes mélancoliques au bord des fenêtres. Des architectures en trompe l'œil, des enfilades de portes, des fenêtres closes, rejouent les formes mouvantes du passé. Toutes ces images sont réargentées par des mains d'enfant et se reflètent sur une surface brillante. Ces cabanes, comme des camera obscura, révèlent le pouvoir des images ; ce que l'on découvre, ce n'est plus, comme dans le jardin, le bel ordonnancement visible d'un point de vue privilégié, « la place où trône le roi », mais le lieu où s'opèrent distorsions et glissements des regards sur l'émail du miroir.
Vues d'exposition, Musée des Charmettes, Chambéry, 2012
Dans le cadre de l'année Rousseau en Rhône-Alpes - Tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau,
jardins et musée
Détail du papier peint