Post-Renaissance
— mai 2026
En août 2024, à l’occasion d’un voyage en Italie, Marie-Claire Mitout visite la Chapelle des Scrovegni à Padoue, célèbre pour ses fresques peintes par Giotto. Elle lui consacre une peinture, intégrée à sa série Les Plus Belles Heures, qui reconstitue le meilleur de ses jours.
Avant elle, de nombreux artistes et écrivains ont été fascinés par la richesse du programme décoratif de ce monument, considéré comme l’un des plus remarquables de l’histoire de l’art. Organisées en séquences narratives, les fresques déploient les épisodes majeurs de la vie de Joachim, de la Vierge et du Christ : la Présentation de Marie au Temple (Sylvie Sauvageon “cite” à plusieurs reprises les œuvres de Giotto parmi celles “qui restent ancrées dans sa mémoire”), le Rêve de Joachim (repris par Marie-Claire Mitout), ou encore la Rencontre à la Porte Dorée (dont Yveline Loiseur fait adopter la pose à ses modèles). La voûte céleste, avec son fond bleu constellé d’étoiles d’or, inspire également Le Gentil Garçon pour la couverture de l’album Vie Future du groupe La Féline.
Plus largement, l’iconographie de la Renaissance continue d’irriguer les pratiques contemporaines. Aux “vierges à l’enfant”, caractéristiques de cette période, Jean-Xavier Renaud consacre cinq aquarelles en 2006, dont l’une inspirée d’une œuvre d’Andrea del Verrocchio. Didier Tallagrand, quant à lui, fait s’entrechoquer deux représentations du monde en associant des photographies d’animaux naturalisés, prises dans des musées d’histoire naturelle, à des arrières-plans empruntés à des tableaux de la Renaissance italienne comme La Tempête de Giorgione.
Dans Sans titre (2020), Marc Desgrandchamps réactive la composition et le décor de la Flagellation du Christ de Piero della Francesca. Dans ses “portraits-paysages”, Christine Crozat découpe et superpose des silhouettes issues de tableaux de références et des motifs végétaux. Là, un profil de della Francesca côtoie un buste de Fouquet. La Vierge du Diptyque de Melun est au cœur d’une autre composition, cette fois réalisée par Christelle Franc.
Lorsqu’on les interroge sur leurs champs de références (voir les pages “Repères” ou “Textes” sur le site de Documents d’artistes), plusieurs artistes mentionnent explicitement les primitifs italiens : “Giotto” (Sylvie Sauvageon, Fabrice Lauterjung), “Piero della Francesca” (Christine Crozat, Françoise Vergier), “Giorgione” (Delphine Gigoux-Martin)…
Dans Harmonie des sphères, Maïté Marra filme aux Hospices de Beaune le polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, manipulant la loupe qui permet d’en explorer les détails. D’autres références aux primitifs flamands apparaissent également dans les dossiers de Documents d’artistes Auvergne-Rhône-Alpes. Amateur de peinture et de citation, Jean-Claude Guillaumon rejoue avec son épouse la pose du Prêteur et sa femme de Quentin Metsys. Quant à Marion Robin, elle s’inspire de Brueghel pour l’œuvre Harengs sec dans l’eau lisse, réalisée en 2013-2014 pour la patinoire de Clermont-Ferrand.
Ces œuvres, parmi bien d’autres, témoignent de la persistance des références à la Renaissance - qu’elle soit italienne, française ou flamande - et de leur capacité à traverser le temps. Loin de se limiter à de simples citations illustratives, elles s’inscrivent dans un processus de réactivation qui fait des images du passé la matière de nouveaux récits visuels.
Proposition de Pascal BernardAncien chargé de documentation pour Documents d’artistes Auvergne-Rhône-Alpes, Pascal Bernard se présente volontiers comme un "collectionneur d’expositions". Il porte un intérêt particulier aux pratiques de citation de l’histoire de l’art dans la création contemporaine.
— Liste des artistes cités :
- Marie-Claire Mitout
- Le Gentil Garçon
- Sylvie Sauvageon
- Yveline Loiseur
- Jean-Xavier Renaud
- Didier Tallagrand
- Marc Desgrandchamps
- Christine Crozat
- Christelle Franc
- Maïté Marra
- Jean-Claude Guillaumon
- Marion Robin