Anne Marie Rognon

Dossier mis à jour — 03/05/2022

Né⋅e en 1969

Vit et travaille à Clermont-Ferrand

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“C’est drôle. Il y a quelque chose qui cloche dans ses cadres. Les couleurs tintent du son de sa cour de re-création. À chaque case de sa marelle en peau de banane colorée, d’un petit saut périlleux, elle nous balance ailleurs et rigole bien d’un manège qui ne tourne pas rond. Marabout, bout de ficelle, selle de cheval, cheval de trait, traits de couleurs, bouts de tout et bouts de rien, jeu de l’oie et jeu de joie, les séries de tableaux sont déclinées sans histoire en sitcom. L’artiste nous balade rieuse sur la fausse piste de personne. Miel dans le pot des mains, bonbons sucés, elle nous embarbouille en peau de décor. Elle nous fait toucher au rond d’eau, au palmier flottant ou au cyclone à la cinétique aberrante qui, tournicotant de son œil décalé, nous fait discrètement nous tortiller. Ses cartes postales colorisées flashent du fluo par intermittences mais il n’y a nulle part à l’adresse indiquée. D’où voit-elle alors cette condensation éveillée, ce rébus déphasé, ce surréel inventé ? La balançoire ou l’échelle accrochée au vide, comme la corde sans issue, nous envoie sous des jets de pluies roses au milieu de couleurs qui, si l’on y regarde à deux fois, n’existent pas. L’artiste qui fait l’anonyme nous détourne chaque fois le sens de la visite pour nous déposer dans la rieuse mélancolie d’un ici qu’on croit ne pas connaître. Il faut dire qu’elle a composé tout ça à partir d’une géométrie bien étrange. Sans doute s’est-elle fabriqué des sortes de pinceaux de Moebus qui tordent l’espace et le temps et nous font revenir au même endroit quand nous imaginons faire un pas dans ses étonnants paysages. Comme dans les rêves où enfant on reste sur place en courant. Mais ici, ce n’est pas du tout la version terrifiante courante. C’est la version qui rit. Parce qu’ici, personne n’avance. L’ironie mordille les orteils comme des chatouilles de petits monstres à dent de lait qu’on ne verra jamais. On se demande quand même si c’est pour de vrai. Et puis d’un coup de tuyau, de vidéo ou de corde, elle fait sortir le tableau du cadre et nous avec. Il y a dans tout ça quelque chose d’un cirque où nous attendent d’invisibles clowns acrobates.”

Fausse piste, par Camille Fallen, 2020