Textes
Métaphores de l'obstruction
Par Clément Chéroux, in Karim Kal, Arrière-pays, Éditions LOCO, 2019
Métaphores de l'obstruction
Par Clément Chéroux, in Karim Kal, Arrière-pays, Éditions LOCO, 2019
Metaphors of obstruction (EN)
By Clément Chéroux, in Karim Kal, Arrière-pays, Éditions LOCO, 2019
Metaphors of obstruction (EN)
By Clément Chéroux, in Karim Kal, Arrière-pays, Éditions LOCO, 2019
Karim Kal creates nocturnes that suspend Algerian history in unyielding mystery (EN)
By Kaelen Wilson-Goldie, in Aperture #261, 2025
Karim Kal creates nocturnes that suspend Algerian history in unyielding mystery (EN)
By Kaelen Wilson-Goldie, in Aperture #261, 2025
Introducing
Par Étienne Hatt, in artpress #446, 2017
Introducing
Par Étienne Hatt, in artpress #446, 2017
L’un des lauréats du premier volet de la commande photographique nationale « Les regards du Grand Paris » conduite par le Cnap et les Ateliers Médicis, Karim Kal réalisa Ligne Dée, une série qui confirme la capacité du documentaire à se renouveler.
Les travaux de Karim Kal s’inscrivent dans la tradition du documentaire social. Réformée dans les années 1970-80 par des artistes et théoriciens comme Allan Sekula, elle a pris conscience de ses limites, qui poussent certains de ses acteurs à associer image et texte, mais elle n’a pas renoncé à sa vocation critique. Cette dernière porte depuis lors autant sur les conditions et les situations décrites que sur les images qu’elles suscitent ou, au contraire, qu’elles ne suscitent pas. Karim Kal, qui a fait de l’espace collectif son terrain d’action, s’intéresse ainsi particulièrement à des lieux sous-documentés, comme des foyers, un hôpital, une prison, ou documentés à charge, comme les banlieues. À cet égard, un séjour à Alger, au début des années 2000, fut pour lui fondateur. Il y constata le décalage entre les photographies diffusées par la presse et la sérénité des Algérois, pourtant victimes de dix ans de guerre civile et de récentes inondations. À contre-courant, il a ainsi produit Images d’Alger (2002), une pile d’impressions offset réunissant quatre photographies de la mer et du ciel azurés vus depuis le quartier populaire de Bab el Oued.
Il y a loin entre la profondeur des espaces figurés dans ce premier travail et les images nocturnes, dont on ne discerne que le premier plan, réunies dans Ligne Dée, sa dernière série, réalisée le long de la ligne D du RER, de Viry-Châtillon à Corbeille-Essonnes, dans le cadre de la commande nationale « Les regards du Grand Paris ». À son échelle, passant d’un documentaire descriptif à un documentaire qu’on qualifiera d’inclusif, Karim Kal montre ainsi combien la tradition à laquelle il appartient sait renouveler ses modes opératoires, ses formes et ses moyens d’action.
LES CONDITIONS GÉNÉRALES
Dans les années 20001, Karim Kal produit ainsi des photographies qui désignent les choses en couleur et avec clarté. Certaines tiennent le sujet à distance, comme la série Cayenne (2005) qui, dans les faubourgs de la ville guyanaise, présente auto-constructions et ensembles sociaux, sans opposer les unes aux autres tant certains matériaux, comme la tôle ondulée, sont les mêmes et tant la ruine semble guetter le neuf. D’autres travaux privilégient, au contraire, le gros plan. Stations (2006-07), série réalisée à Genève, Alger et Douvaine, en Haute-Savoie, pointe les détails de l’occupation, voire de l’appropriation, des lieux publics par certains groupes de la population.
L’ambition documentaire de Karim Kal repose alors sur l’alternance, ou la réunion, de lieux et de figures. Les Hébergés (2009) est ainsi une série autonome de portraits de personnes accueillies par un centre d’hébergement et de réinsertion Emmaüs à Paris, tandis que les Miroirs, réalisée la même année dans un foyer d’Évry, associe des vues de l’extérieur et de l’intérieur du bâtiment à des portraits, comme si l’objet de la série était de saisir l’impact de l’architecture sur ceux qui y vivent.
Au début des années 2010, Karim Kal adopte un nouveau mode opératoire qui lui permet de vider l’image pour faire ressortir les éléments les plus signifiants. Toutes ses séries sont depuis lors réalisées au flash la nuit. Si, dans un premier temps, les bâtiments de la série Logements sociaux (2011-12) restent discernables, Karim Kal opte bientôt pour un temps de pose très rapide, qui rend l’appareil insensible à l’éclairage urbain, et un flash de faible portée qui n’éclaire que les premiers plans. C’est un pan de mur frontal et centré dans la série Abstractions (2013), qui montre notamment des aplats recouvrant des graffitis. Ce sont, dans les travaux les plus récents, des détails qui émergent en périphérie d’une image noire. Dans cet univers nocturne, il n’est plus question de figure humaine, ou alors sous la seule forme des traces que l’on laisse dans l’espace urbain. Vidées de toute présence humaine, les photographies de Karim Kal se détachent des situations individuelles pour toucher, selon les mots de l’artiste, aux « conditions générales » dont elles livrent les indices.
Ce mode opératoire souligne ainsi le caractère utilitariste, normalisateur, coercitif et sécuritaire des lieux sur lesquels Karim Kal pointe son objectif, isolant les caméras de surveillance ou les blocs qui régulent les déplacements, ou scrutant les surfaces et les matières, comme cette grille métallique qui recouvre la médiathèque de Bron. Elle indique sans doute moins le désir de suivre la mode architecturale de la résille que le souci de préserver le bâtiment des tags et de l’affichage sauvage. Avec son flash, Karim Kal souligne l’agressivité de cet édifice pourtant dédié à la collectivité et à la culture.
En contrepoint, le photographe s’est arrêté sur des lieux qui échappent à l’utilitarisme, comme les terrains vagues, dans une série de 2013-14, ou au contrôle, à l’instar des passages entre les immeubles. Cette série en cours rend visibles ces lieux d’habitude laissés dans l’ombre. Elle en éclaire violemment les murs, les sols et les plafonds ponctués d’indices d’une occupation transgressive. Comme les autres photographies récentes de Karim Kal, ces images de tunnels sont prises à hauteur du regard et seront tirées en grand format, sans cadre, pour faire de l’image un espace de projection. Elles transmettront le point de vue de l’usager dont Karim Kal, loin de toute position surplombante et autoritaire, cherche à nous faire partager l’expérience.
Introducing (EN)
By Étienne Hatt, in artpress #446, 2017
Translated by L-S Torgoff
Introducing (EN)
By Étienne Hatt, in artpress #446, 2017
Translated by L-S Torgoff
Rétentions
Par Estelle Nabeyrat, 2013
Rétentions
Par Estelle Nabeyrat, 2013
Perspective du naufrage
Par Michel Poivert in Karim Kal, Perspective du naufrage, Éditions ADERA, 2010
Perspective du naufrage
Par Michel Poivert in Karim Kal, Perspective du naufrage, Éditions ADERA, 2010
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Retranscrit sur le site du Réseau documents d'artistes -
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