Camille Llobet
Dossier mis à jour — 18/02/2025

MORAINE

Moraine, 2025

Vidéo4K, son 5.1, 12'04
(Post-production en cours)

1/14

Sarah et Laurent, guides de haute montagne, crapahutent sans objectif précis dans les moraines de la Mer de glace, célèbre glacier du massif du Mont-Blanc.

Nommée ainsi à la fin XIXe par un explorateur britannique pour sa similitude avec « un lac agité d'une forte bise et gelé d'un coup »1, la Mer de Glace est aujourd’hui un creux béant, empreinte de sa masse glaciaire disparue2, laissant place à un amphithéâtre morainique. Du patois savoyard morena signifiant « renflement de terre », les moraines sont des débris rocheux entraînés par le mouvement du glacier. Elles s’amassent en formant des bourrelets hétérogènes faits d’argile, de limon, de sable, de cailloux et de rochers pouvant atteindre la dimension d’une maison, recouvrant petit à petit les séracs (blocs de glace) et les crevasses (fentes profondes provoquées par la rupture de la glace en mouvement). Avant d’atteindre les parois rocheuses, les guides de haute montagne traversent ces gigantesques chapelets de collines instables, mouvantes et imprévisibles.

Cette recherche filmée tente de saisir la personnalité proprioceptive3 des deux protagonistes et de révéler le milieu à travers leurs gestes. Arpenter des pentes abruptes ou des arêtes étroites, dévaler des terrains instables au quotidien transforment le corps et s’impriment dans les articulations. Là où un marcheur inexpérimenté peine à trouver son chemin sans chuter ou déstabiliser le sol sous le poids de ses pas, Sarah et Laurent dansent avec le vide, la verticalité et l’instabilité du sol, à l’affût de ce qu’indique l’ensemble de leurs sensations. Le regard repère des zones possibles où poser les pieds tandis que les jambes régulent l’appui et la vitesse de chaque pas et que les bras assurent l’équilibre. Il faut chercher une certaine vitesse pour effleurer le sol, laisser glisser un pas surpris par un écroulement, changer de point d’appui si un bloc bascule, être toujours prêt à sauter sur le côté si la surface s’avère plus dangereuse que prévue. L’image, déterminée par ces sensations, tentent de saisir cette chorégraphie. Le son matérialise ce milieu mouvant : écoulements, craquements et écroulements habitent la vallée glaciaire devenue caisse de résonance.

  • — 1.

    William Windham et Pierre Martel, Relations de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix (1741-1742), p. 28-29, Genève, 1879.Lorsqu'un glacier se retire, il laisse une sorte de bassin limité par sa moraine frontale appelé amphithéâtre morainique.

  • — 2.

    Depuis 1830, elle a perdu 2,5 km de longueur et plus de 150 m d'épaisseur.

  • — 3.

    Perception qu'a l'homme de son propre corps, par les sensations kinesthésiques (mouvements) et posturales en relation avec la situation du corps par rapport à l'intensité de l'attraction terrestre.

Avec
Laurent Bibollet et Sarah Blanc

Production
Camille Llobet

● Réalisation, montage
Camille Llobet

● Image
Antonin Claude

● Son
Corentin Vigot et Camille Llobet

● Assistantes recherche artistique
Naïs Charlery et Lou Lombard

● Mixage son
Corentin Vigot et Kerwin Rolland

● Étalonnage et regard montage
Ariane Boukerche

● Graphisme
Huz & Bosshard

● Conseil scientifique
Ludovic Ravanel

Avec le soutien
Centre national des arts plastiques, Biennale Son (Suisse), Fondation de la Compagnie du Mont Blanc, Kraft Production.


Moraine, photographies, 2025

© Adagp, Paris