Florent Meng Lechevallier
Dossier mis à jour — 02/03/2026

SN/AZ III

SN/AZ III : THE CROSSERS, 2017-2023
Arizona, États-Unis
40 images, tirages numériques, mural en dos bleu, planche et collage sur dos bleu

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Notes d'août 2019

Depuis le 23 janvier 2017, date à laquelle il a pris ses fonctions, Donald Trump a intensifié une vaste initiative de sécurisation des frontières, initialement mise en œuvre en 2012 par l'administration Obama avec un budget de 475 millions de dollars.

Ce système étendu de protection des frontières a été contesté par diverses organisations citoyennes. Des défenseurs des libertés civiles, des communautés chrétiennes, des retraités et des militants se sont unis contre des abus tels que le profilage racial et les contrôles routiers éloignés de la frontière, dans ce qu'on appelle la « Zone sans Constitution ». Cette zone d'une largeur de 160 kilomètres longe les frontières du pays, brouillant effectivement la ligne frontière elle-même pour contourner le Quatrième Amendement. L'Arizona pourrait sembler un endroit improbable pour un mouvement s'opposant aux politiques liées à l'immigration, étant donné qu'il a adopté la controversée loi SB 1070, permettant à la police arizonienne de vérifier l'identité de toute personne soupçonnée d'être entrée illégalement dans le pays.

Par ailleurs, des groupes comme The Samaritans, Keep Tucson Together et No More Deaths se sont unis contre l'Opération Streamline, qui pénalise les franchissements illégaux de la frontière, procède à des expulsions massives de sans-papiers et alimente une économie carcérale privée en Arizona.

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Ces groupes organisent une aide humanitaire et un soutien pour ceux qui tentent de traverser la frontière à travers le désert. Cette assistance fait partie du quotidien de la région et est assurée depuis des années. Chaque week-end, Border Angels en Californie, The Samaritans et No More Deaths en Arizona rassemblent des bénévoles pour déposer des bidons d'eau dans des zones désertiques isolées. Human Border cartographie les corps retrouvés dans le désert et installe des points d'eau avec l'autorisation fédérale. Cependant, No More Deaths critique cette approche et préconise la désobéissance civile. Certains de ses membres, issus des mouvements étudiants anarchistes de Tucson, aident à faire passer clandestinement des réfugiés à travers le désert ou les hébergent dans des villages frontaliers comme Ajo, Sasabe et Arivaca.

Les réservoirs d'eau précédemment placés dans le désert sont désormais surveillés par des patrouilles frontalières, et les bénévoles font face à des poursuites judiciaires pour dommages environnementaux ou assistance aux franchissements illégaux de la frontière. En 2018, Scott Warren, professeur de géographie et responsable de No More Deaths à Ajo, a été arrêté avec deux migrants mexicains au siège de l'organisation. Il a été accusé d'avoir orchestré un réseau de passeurs. Cette arrestation a semblé être une mesure de représailles, car elle est survenue peu après que No More Deaths ait publié une vidéo montrant des agents de la Border Patrol en train de détruire des bidons d'eau laissés pour les migrants.

Mise à jour d'octobre 2024

Il semble qu'un conflit ait éclaté dans ce paysage désolé, un conflit qui a pris une dimension nationale. L'administration fédérale, représentant le Nord conservateur, s'oppose à une population frontalière du Sud qui embrasse une identité plurielle s'étendant au-delà d'une frontière fréquemment déplacée.

En octobre 2024, l'affaire Scott Warren — militant de No More Deaths à Ajo, acquitté en 2019 après avoir été accusé d'avoir porté assistance à des migrants en détresse dans le désert — continue d'avoir un impact significatif sur les mouvements de solidarité à la frontière. Son procès est devenu un symbole de résistance contre les politiques migratoires strictes et a inspiré une nouvelle génération de bénévoles et de militants. Beaucoup voient en Warren un modèle de désobéissance civile et un rappel de l'importance de l'aide humanitaire, même au risque de répercussions juridiques.

Depuis son acquittement, des organisations comme No More Deaths et The Samaritans ont renforcé leurs actions et mis en place des réseaux plus organisés et discrets pour échapper à une surveillance accrue. Les points d'eau sont désormais placés de manière plus stratégique, et les abris temporaires, souvent gérés par des habitants locaux, se sont multipliés le long des routes clandestines. De plus, la défense de Warren en 2019, qui mettait en avant le droit à l'assistance humanitaire, est aujourd'hui citée dans plusieurs procès en cours, où des avocats s'appuient sur ce précédent juridique pour protéger d'autres bénévoles.

Cependant, les répercussions ne sont pas entièrement positives : l'administration fédérale a répondu en durcissant les lois contre « l'aide illégale », en alourdissant les sanctions pour ceux qui apportent un soutien matériel aux migrants. Plusieurs militants font désormais face à des accusations plus graves de « traite d'êtres humains » et risquent des peines de prison considérablement plus longues.

Les nouvelles directives imposent des peines d'emprisonnement nettement plus lourdes et des amendes élevées, visant à dissuader toute aide humanitaire susceptible d'être considérée comme facilitant l'immigration illégale.

1. Peines d'emprisonnement alourdies : Les personnes reconnues coupables de traite d'êtres humains encourent désormais des peines allant de 10 à 20 ans d'emprisonnement, contre 5 à 10 ans auparavant pour des charges similaires. Pour les cas jugés comme présentant des « circonstances aggravantes » — par exemple, si l'aide apportée a permis à un grand nombre de migrants de franchir la frontière — les peines peuvent atteindre jusqu'à 30 ans.

2. Sanctions financières : Les amendes ont également été revues à la hausse, pouvant atteindre jusqu'à 250 000 dollars pour les particuliers et 500 000 dollars pour les organisations ou groupes impliqués. Ces pénalités financières visent à décourager les réseaux d'entraide en menaçant leur viabilité économique.

3. Surveillance et conditions de libération : En plus des peines alourdies, les autorités ont durci les conditions de la liberté surveillée. Les militants condamnés pour traite d'êtres humains peuvent désormais être placés sous surveillance électronique, avec des restrictions de déplacement pouvant aller jusqu'à 10 ans après leur libération, selon l'évaluation du risque.

4. Saisie des biens : Les nouvelles lois autorisent également la saisie des biens appartenant aux personnes accusées de traite d'êtres humains, s'il est prouvé que ces biens ont été utilisés pour faciliter des traversées illégales. Cela inclut les véhicules, les équipements de communication et même les bâtiments.

Ces mesures punitives renforcées visent à éradiquer toute forme d'assistance humanitaire susceptible d'être interprétée comme de la traite d'êtres humains. Elles ont néanmoins suscité un débat intense au sein des communautés frontalières et parmi les défenseurs des droits humains, qui soutiennent que ces lois criminalisent des actes de solidarité envers des personnes en détresse.

— Vues d'expositions

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© Adagp, Paris