Johann Rivat
Updated — 04/06/2026

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Lumières blanches
Texte de Carole Varvier, responsable mission culture, 2025
Pour l'exposition du même nom, Centre Hospitalier Métropole Savoie, Chambéry


Invité de la mission culture du CHMS dans le cadre d'un projet de livre d'artistes à quatre mains avec l'écrivain Mathieu Larnaudie, le peintre Johann Rivat s'est immergé nuit et jour au sein des urgences de l'hôpital, comme avant lui Mathieu Larnaudie.
Les Urgences, "une autoroute avec ses aires de stationnement et ses voies de contournement et de sortie" comme le qualifient certains praticiens, ce lieu de l'inconnu où l'on entre, supposé en état grave, ce lieu transitaire dont on ressort pour un voyage dans d'autres lieux encore. Ou pas. Ce lieu propice aux fantasmes, aux mythes et fausses croyances et leur cohorte de peurs, d'angoisses… Johann Rivat s'est confronté à cette antre de la nécessité, de la priorité et des nécessiteux, où jour et nuit se confondent et ne s'ajourent qu'à l'aune du diagnostic ou de la porte de sortie, percevant un coin du réel des soignants et des praticiens comme un coin de ciel. 

Johann Rivat est peintre formé à l'école des Beaux-arts de Grenoble et de l'université de Shanghai. Vitalement peintre, nécessairement peintre dans un monde mâché, broyé, brouillé, mal digéré et régurgité par l'image en flot continu et les algorithmes, comme une forme de résistance ou de manifeste qui n'entend, cependant, rien revendiquer. Dessinateur même, et avant tout. Avant tout parce que ces tableaux avant d'être tableaux procèdent d'esquisses, de crayonnés, de dessins aboutis. Le dessin reste pour lui non une fin en soi mais une manière d'appréhender le monde, de fixer ce que son regard accroche comme émotionnellement intéressant. Toujours en devenir, il constitue sa "maniera" de méditer ce monde, de le contempler mais aussi d'articuler les toiles qui en naissent. 

Peintre figuratif en ce qu'il donne à voir relève d'un réel immédiat et préhensible, il n'est pas un peintre de la narration. La figuration offre à celui qui regarde une clé, une porte d'entrée qu'il lui est ensuite nécessaire de pousser avec ses propres ressources.
Ses grands formats, par leur choix qui commande sérieux, sacré, la concision et la précision qu'il leur applique, les aplats de couleurs fortes qu'il leur inflige, oscillent entre vraisemblance et invraisemblable dans un point de basculement qui happe le spectateur et l'entraîne dans un ailleurs étranger au peintre et dont il est détaché.
Les tableaux de Johann Rivat sont des paysages, c'est-à-dire des lieux qui n'existent qu'à travers la  rencontre du regard d'un spectateur.

La mission culture et Johann Rivat remercient très chaleureusement le service des Urgences pour le très bel accueil que ses agents, soignants, praticiens lui ont réservé et sans qui cette exposition n'aurait pas eu de raison d'être.