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Hasami 01 - Mitsunomata, 2024
Vidéo, 11 min. 55
— avec le soutien du Fonds cantonal d’art contemporain de Genève, DCS
Il s’agit de l'histoire de ma famille du côté maternel, l'histoire d’un village de porcelaine qui s’appelle Hasami. Le village se trouve dans la préfecture de Nagasaki sur l’île de Kyushu, au sud de Japon. C’est le village natal de ma mère.
Depuis l'hiver 2023, je reviens régulièrement à Osaka pour accompagner la vie quotidienne de ma mère qui a la maladie d’Alzheimer. Spontanément, j’ai commencé à la filmer avec mon appareil photo, afin de sauvegarder ses récits répétitifs.
Un jour, en rangeant ses affaires dans sa chambre, nous avons trouvé des vieilles photographies prises dans les années 50-60. Ces photos lui ont rappelé des lieux et des événements passés. Elle a commencé à raconter de nombreux souvenirs liés à son enfance, sa famille, son village, et aussi la céramique. Dans ces photos, il y en avait aussi deux de sa maison natale qui n’existe plus aujourd’hui, qui se trouvait dans la vallée de Mitsunomata du village de Hasami.
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Hasami est situé juste à côté d’Arita, le premier village qui a commencé la fabrication de porcelaine au Japon. Pendant la guerre contre la Corée entre 1592 et 1598, des japonais ont emmené des céramistes coréens. Grâce à leur savoir-faire et aussi à la découverte de kaolin sur place, la première fabrication de porcelaine au Japon a commencé à se développer dans cette région. Cependant, la porcelaine de Hasami restait inconnue derrière les grands noms de Arita et Imari.
À vrai dire, je n’ai pas su pendant longtemps que ma mère et sa famille étaient d’origine de ce village et qu’ils avaient gagné leur vie avec la fabrication de porcelaine. Son père était devenu dessinateur, peintre pour la porcelaine, après l’invalidité de sa jambe suite à un accident juste après-guerre. Les frères et la grande sœur ont participé au travail à la maison. Ma mère a rarement parlé du village et de la céramique. Je n’en ai eu aucune transmission matérielle ou narrative parce qu’elle a quitté le village tôt, à l’âge de 15 ans, pour travailler en ville et parce que la céramique, pour celles et ceux de sa génération, restait un travail banal comme tant d'autres, qui permettait simplement de nourrir la famille. La céramique n’était pas pour elle un objet précieux, encore moins esthétique. Elle s’intéressait plutôt à la cuisine et à certains chanteurs qui ont accompagné sa vie. Cependant, dans ses souvenirs, la céramique est là, partout, bien présente.
Cet été, je me suis rendue avec ma fille à la vallée de Mitsunomata, pour retrouver le lieu où pouvait être la maison. La montagne de kaolin est aujourd’hui abandonnée. Des milliers de fragments de porcelaine se trouvent dans le village, un peu partout. Ce sont des pièces cassées ou ratées, ensuite enterrées ou jetées par terre. Certains de ces fragments deviennent aujourd’hui des objets archéologiques très précieux, comme des bijoux. Un voisin du village m’a dit « il y a longtemps ici on a pu trouver des Opales dans la rivière. Il y a eu des gens, oui un peu comme toi, avec un sac à dos, qui sont venus les chercher. C’est une histoire passée. »
Hasami 02, 2024
Vidéo, 22 min. 39, sous-titrée en français
— avec le soutien du Fonds cantonal d’art contemporain de Genève, DCS
Il s’agit d’une vidéo familiale autour de la vie quotidienne de ma mère et de ses souvenirs d’enfance : son village natal, Mitsunomata, son père, sa famille, sa maison et la céramique.
Depuis la fin de l’année 2023, j’ai commencé à vivre entre deux lieux, Osaka au Japon où ma mère habitait et Évires en France où j’habite, pour accompagner la vie quotidienne de ma mère. À Osaka, j’ai passé mon temps à filmer ma mère et à enregistrer ses récits répétitifs, en prenant de la distance avec elle à travers un objectif.
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Outil côtoyé au début de ma vie professionnelle, le film documentaire était un choix important pour ce projet, afin d’apporter de la narration et de mettre en avant la notion de temps qui s’écoule. Dans un temps de ralentissement, le documentaire nous propose une autre façon de percevoir le monde où l'on est. C’est une autre forme de mouvement. Le temps s’écoule lentement pendant le tournage, comme dans un processus de fabrication de céramique d’ailleurs, là où l’axe de temps est variable et élastique. La pratique de la céramique demande beaucoup d’attente, surtout quand on produit des grandes pièces. Il y a du temps "perdu", où on attend la cuisson, le refroidissement du four, ou le séchage de la terre. Le film documentaire nous amène aussi vers cette sensation de ralentissement ou d’un temps "en suspension".
À travers les yeux de ma mère, j’ai voulu découvrir un hors-champ dans l’histoire de la porcelaine au Japon.
Sculptures et vidéo, porcelaine, laine, 10 x 25 x 13,5 cm par pièce