Perrine Lacroix
Updated — 25/09/2023

Lumières d'aveugles

Lumières d'aveugles

Ensemble d'œuvres
Réalisé entre 2003 et 2011

Vue de l'exposition Lumières d'aveugles, Kolle Bolle, Lyon, 2008

Lumières d'aveugles
Superflux, Tator, Lyon, 2002
Institut français, Cluj-Napoca (Roumanie), 2004
Ambassade de France, Lisbonne (Portugal), 2008
Kolle Bolle, Lyon, 2008
April, Lyon, 2010
Festival Lumina, Sintra (Portugal), 2011

"Pendant plus de deux ans, je me suis intéressée à la perception de la lumière et du visible par les aveugles et malvoyants. J’ai recueilli leurs témoignages, ils ont accepté que je les filme et photographie. La plupart ne sont pas dans le noir, mais dans la lumière, sur un plan pratique aussi bien que symbolique. Chacun a une perception très personnelle de la lumière. Certains la perçoivent même si elle ne les aide pas à distinguer les formes, d’autres la vivent comme une fuite du noir qui les habite, d’autres la vivent dans le souvenir… Beaucoup en ont une approche philosophique. C’est cette multitude de perceptions que je présente à travers une installation vidéo (Lumières d’aveugles) et une installation urbaine (Regards aveugles).

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Pour les voyants, le regard ne se révèle que par la lumière. Sans clarté, il reste immergé dans le noir. Sans la lumière, le regard sommeille. Aussi, nous existons à travers le regard des autres. C’est le regard des autres qui fait lumière sur ce que nous sommes. Des yeux qui nous regardent nous renvoient à nous-mêmes. Ils sont notre miroir. Cette multitude de regards façonne notre propre image. En revanche le regard des aveugles est opaque, imperméable. C’est comme être face à un miroir sans reflet. Et pourtant, derrière ces globes mobiles s’activent les sensations. Intérieurement, le non-voyant dessine notre visage selon notre voix, nos déplacements et notre aura. Il perçoit ce que nous dégageons intimement. En même temps, il visualise ce que nous lui racontons. Nous lui parlons donc avec un autre visage que celui que nous portons et nos paroles ont une autre portée.

Ces « regards aveugles » nous envoient une autre image de nous-même, invisible. Regarder ces regards, qui ne nous voient pas et ne se voient pas, renvoie le « voyant » à ce qu’il serait sans lumière, sans regard. Ici la parole est le révélateur d’une lumière intérieure, enfermée dans un corps, comme la chambre noire de l’appareil photographique qui restitue après les fragments visibles d’une réalité. 

Le mythe de la caverne décrit l’itinéraire qui conduit du monde sensible des apparences au monde intelligible de la vérité. L’idéalisme platonitien place le philosophe au rang des meilleurs dirigeants possible de la cité.

La concomitance de cette installation dans la ville de Lyon avec celle d’un colloque Écologie et Développement durable a permis aux malvoyants d’y prendre part. Ils ont pu dénoncer  publiquement les carences et l’incohérence de l’éclairage dans l‘espace public : difficultés quand ils passent d’un trottoir très éclairé (par les vitrines) à un trottoir très obscur (ils se sentent alors attirés par l’éclairage de la route), éblouissement provoqué par les lumières au sol ou par un éclairage de façade, insécurité due à certains éclairages ; absence de signalement lumineux des travaux ou des obstacles sur la voie publique ; peinture grise des barres qui ponctuent les trottoirs, etc.

Leurs témoignages ont suscité un tel intérêt auprès des professionnels qu’ils ont déclenché deux autres colloques sur ces questions spécifiques ainsi que des tests grandeur nature sur un boulevard."

— Extrait d'un entretien avec Fen Lingwei, paru dans la revue Art World, numéro 32, 2017

Lumières d'aveugles (Jean-François), 2003
Vidéo, 4'17"

Lumières d'aveugles (Vincent), 2003
Vidéo, 6'08"

Quelle perception avez-vous de la lumière ?

"Je vois la lumière mais je ne vois pas les formes ni les couleurs je vois des ombres c'est comme si elles cachaient la lumière."
Jean-François Damez

"Je suis en permanence en train d'imaginer un décor, je refaçonne les images comme un peintre, je fuis le noir."
Vincent Luci

In Regards aveugles, catalogue édité à l'occasion de la fête des lumières 2003


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Regards aveugles
Lyon, 2003

L'installation Regards aveugles est composée de 104 panneaux électoraux divisés en 7 séries (de 10 à 20 panneaux). 7 campagnes d’affichage mettent en avant la parole de mal voyants ou de non voyants. Chacune est consacrée au témoignage de l’un d'eux sur sa perception de la lumière. Les regards sont en noir et blanc alors que les slogans d’aveugles comme leurs typographies et couleurs sont choisis par chacun. Des fluos, installés au-dessus des panneaux, s'allument par intermittence, créant ainsi un rythme de lecture des différents témoignages.