Delphine Balley
Updated — 05/04/2022

Discours du Maire (Williams's)

Discours du Maire (Williams's)

Notre bon Dr William est décédé à Ribérac le 17 avril 1920, trop tôt disparu à l'âge de 71 ans.

De lui, nous savons si peu.

Originaire de Brighton, il arriva à Bordeaux à l'aube de ses 20 ans, recueilli le temps de sa Faculté par une vieille tante, sa seule famille.

De lui, cependant, nous garderons tant de souvenirs en mémoire : celui d'un homme distingué, arrivé dans notre communauté le 1er mars 1887, portant encore le deuil de son épouse récemment décédée, celui du père aimant de sa jeune Gloria – « ma fidèle petite », comme il aimait à l'appeler –, celui du savant illustre, du chercheur insatiable mais aussi du médecin respectable, dévoué aux autres que vous êtes si nombreux à être venus saluer aujourd'hui.

Pour soigner ses concitoyens, ce professionnel infatigable bravait tous les temps, sur toutes les routes, jusqu'aux endroits les plus reculés de La Double qu'il connaissait à double titre. Ce fin tireur, passionné de chasse, connaissait le gibier local mieux que quiconque.

Je le revois encore, le visage radieux, faisant claquer ses bottes lorsqu'il traversait la place, fier comme un lion, bécasses et lièvres dépassant de sa besace, la petite Gloria le suivant, les cheveux ébouriffés.

Son goût pour les séances de spiritisme, les expériences qu'il mena sur certaines personnes au nom de la science constituent son jardin secret que nous nous devons de respecter.

Mais il est certain que notre tristesse en ce jour rejoint celle des pauvres créatures qu'il recueillit en son hospice, veillant sur elles, leur apportant le secours de son savoir et le bénéfice de ses audaces.

Ribérac, le 20 Avril 1920.
Paul Boismoreau, Maire de Ribérac.
Signature en fac similé


Sa fille Gloria, dont nous regrettons l'absence aujourd'hui, nous a fait parvenir cette missive que je vais vous lire avant de nous recueillir pour un dernier hommage :

« Maman est partie la première, je n'avais pas 5 ans ; mon petit papa a toujours étouffé son chagrin devant moi. La mort de maman me fut ainsi rendue plus douce. Finalement ce qui changea le plus pour moi dans notre nouvelle vie à Ribérac, fut de me retrouver si souvent seule dans notre grande maison. Papa, comme vous le savez, était médecin, et un médecin de campagne est toujours sur la route... Il se rendait parfois jusqu'à Excideuil et au plus profond de la forêt de La Double, soigner les habitants des bois, les Doubleaux comme on les nomme ici. Les fins de semaine, La Double devenait son territoire de chasse. Je me souviens de la première fois qu'il m'y a emmenée, l'année de mes 7 ans, “l'âge de raison” m'avait-t-il expliqué. Au début le collier de cuir me gênait, et papa tirait fort sur la chaîne quand il suivait une piste. Les griffures de ronces me blessaient, les morsures de moustiques me démangeaient, mais je retenais toute plainte car papa était tellement heureux dans ces moments-là qu'il était impensable de le déranger par mes jérémiades ou d'alerter les bécasses par mes gémissements. En grandissant, je devins plus agile, ma peau s'épaississait, je devenais insensible aux blessures de la forêt. J'appris à repérer le gibier avant lui, et c'est moi qui donnais le signal de la traque. On était bien ensemble avec papa à courir au grand air, rien que nous deux. Maintenant, c'est autre chose, il m'a laissée toute seule.

Seule, mais dans ma Double chérie où l'on prend soin de moi, où le souvenir de mon cher papa allège mon chagrin. Je vous remercie tous de rendre ce dernier hommage à mon père bien aimé. »

Gloria.
Signature en fac similé
 

© Adagp, Paris