Delphine Balley
Updated — 05/04/2022

Histoires vraies

Histoires vraies, 2006
Série de 15 photographies, dimensions variables

« Durant la première phase de préparation, j'ai pris en note de nombreux faits divers rédigés sous forme de brèves, voire d'aphorismes. Félix Fénéon, chroniqueur au Matin, a été une source privilégiée, ainsi que le travail du poète américain Reznilkof. Toutes les histoires sélectionnées sont tirées de faits avérés mais réduits à l'essentiel. » D.B.

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Après avoir fait le tri d'histoires vraies, et sélectionné les plus évocatrices à mon goût, j'ai dressé une liste de gens qui allaient me servir de comédiens : des inconnus croisés ici et là, des connaissances, des amis. Des gueules qui seraient la seconde matière première de ce travail de reconstition de faits divers.

Du moment où j'ai eu les textes, réécrits pour les rendre toujours plus compacts, et un certain nombre d'acteurs d'accord avec la démarche de poser en assassins ou en maniaques, la troisième étape a été de repérer des lieux où auraient pu se commettre les histoires. Parfois il a semblé intéressant de conserver le sujet dans son intérieur, en accentuant certains détails. D'autres fois il était nécessaire de le sortir de son décor intime et de le remettre en scène ailleurs. Le travail sur la lumière a été particulièrement long et fastidieux, afin de faire coïncider l'atmosphère à ce que j'imaginais. Ma mère et Emmaüs ont été mes accessoiristes privilégiés.

Si cette série ne s'intitule pas Faits divers mais Histoires vraies, c'est que je n'ai pas essayé de reconstituer le fait divers en lui-même, dans sa dimension spectaculaire. Au contraire, j'ai voulu ajouter à ces courts textes une image qui servirait d'indice, voire de preuve pour que les spectateurs puissent mener leur propre enquête. Les instants proposés ne représentent donc pas l'acmé de l'action, mais un avant ou un après dans l'action. On ne voit jamais le crime se commettre, mais le crime est présent quelque part, en amont ou en aval de l'image.

Certaines photographies font nettement penser à des reconstitutions policières, avec des acteurs jouant le rôle des victimes. D'autres semblent au contraire tirées d'albums de famille, en tout cas réalisées avant le crime et comme plus tard ajoutées au dossier. Enfin certains clichés pourraient avoir pour origine le criminel lui-même, posant pour la postérité, le crime une fois commis – je pense notamment à la photographie de la Veuve noire.

Tous ces clichés proposent une nouvelle dimension à l'histoire. Le texte et l'image se complètent pour permettre au spectateur de compléter le drame. »

Delphine Balley


Clotilde B. a été retrouvée étranglée chez elle par ses bas. Le coupable, Marius D., hercule sous le nom de Samson, avait emprunté sept francs pour trousser et détrousser la péripatéticienne.
Clotilde B., 68 x 59,5 cm

M. Collini élevait des lapins au grenier. La police y trouva aussi Maria, sa maîtresse, découpée en seize morceaux. "C'est Alexandrine, expliqua-t-il, ma lapine préférée, qui me l'a ordonné".
Collini, 105 x 89 cm

M. C. retrouva sa femme grièvement brûlée par le plat de pot-au-feu. Il réfléchit jusqu'au lendemain soir avant d'annoncer sa mort à la police.
Le pot au feu, 46 x 40 cm

Mardi 15, Brice L. agressa en plein jour une jeune femme pour lui dérober son mouchoir. La fouille révéla 32 mouchoirs noués autour du ventre.
Brice L., 33 x 38 cm

Ce berlinois ayant la coupable manie de découper des nattes blondes de jeunes filles, sa mère décida de l'expédier en Argentine, pays de brunes.
Ce Berlinois, 61 x 53 cm
Collection Artothèque d'Auxerre

Le notaire, averti par une voisine, découvrit Mme J., 65 ans, malade d'Alzheimer, assise depuis deux jours devant le cadavre de son fils.
Mme J., 49 x 42 cm

Solange et Bruno R., jeunes mariés, ne prennent pas garde que le tuyau d'arrivée de gaz a été mal branché et ne quittent plus leurs lits.
Solange er Bruno R., 35 x 32 cm

Tanya, séquestrée depuis 10 ans dans la chambre de son professeur de philosophie, est rentrée tremblante chez ses parents. La première nuit, elle a fait ses besoins dans un seau.
Tanya, 100 x 87 cm

Danielle L., 53 ans, empoisonna son jeune amant, puis trop fatiguée pour le traîner jusqu'à la cave avec les autres, alluma une cigarette.
Danielle L., 85 x 73 cm

Olive Villelongue, 3 ans, fille de Régis Villelongue, apothicaire à Sarrians, enjambait une fenêtre et succombait à sa chute.
Olive Villelongue, 105 x 91 cm
Collection Imagerie de Lannion

"Phtisique, C. Delièvre, faïencier à Choisy-le-Roi, alluma deux réchauds et mourut parmi les fleurs dont il avait jonché son lit". Félix féneon
C. Delièvre, 80 x 70 cm

Louis Guérin, son épouse et sa fille Esther, ont été retrouvés morts dans un village de vacances, et défigurés par Jules, fils d'un premier mariage.
Famille Guérin, 77 x 66,3 cm

Une fillette blonde, maigrelette, cheveux nattés, vêtue et chaussée de toile bise, médailles saintes au cou, a été repêchée à Suresnes.
Une fillette, 57 x 49,5 cm

"M. Husson, maire de Nogent-sur-Marne, s'est logé trois balles de revolver dans la tête sans se tuer". Félix Fénéon
M. Husson, 40 x 34 cm


Une jeune paysanne a été retrouvée noyée dans le ruisseau du Lys.
Elle portait cinq bagues de diamants aux quatre doigts de la main gauche.

Une jeune paysanne, 45 x 51 cm

Série réalisée dans le cadre d'une bourse attribuée par Septembre de la photographie, Lyon, 2006 ; avec le soutien de Stouls Larson Juhl et de Picto Lyon. Cette série a fait l'objet d'un portfolio dans Le Monde 2 en 2007.

Sources :
Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes ; Guide de Lyon des faits-divers, Catherine Simon-Lénack, Robert Daranc, édition Le cherche midi.

Remerciements :
Famille Eyraud, Famille Caton, Muss, les modèles : Clotilde, Mado, Etienne, Merlette, Nicole, Jojo, Brice, Emma, Dominique, Jean, Blandine, François, Justine, Gilles, Julie, Nicole, Merlette.

© Adagp, Paris