Camille Ayme
Updated — 02/09/2026

Regards du Grand Paris

FIAT LUX

Les Regards du Grand Paris, commande photographique nationale conduite par le Cnap et les Ateliers Médicis, 2018-2020


La création d’une réplique de Paris et de ses installations notables est un projet de construction planifié en 1917, pendant la Première Guerre mondiale, par l’état-major français. Il s’agissait de leurrer les aviateurs allemands qui bombardaient la capitale de nuit. Le principe était de plonger le « vrai » Paris dans le noir, et d’éclairer des leurres simulant l’emprise de Paris, avec ses gares principales et ses voies de chemin de fer.
Ce « faux Paris » était un leurre, un décor voué à la destruction, un camouflage par la lumière. Son emplacement a été choisi en fonction de la morphologie d’un méandre de la Seine, qui se devait d’être très semblable à celui du vrai Paris. Le « faux Paris » était dissocié en 3 zones, l’une aux abords de Maison Laffite, la 2e vers l’actuel aéroport Charles de Gaulle et la 3e vers Chelles.
À partir d’une utopie militaire visant à protéger le Paris historique et basée uniquement sur la lumière artificielle, on vient questionner ce qui fait la ville aujourd’hui, en faisant revivre ces limites factices. Malgré les immenses progrès technologiques, la notion d’urbanité passe encore aujourd’hui par la lumière, et la démarcation entre la campagne et la ville est la diffusion de lumière artificielle.

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Il est particulièrement édifiant d’étudier ce projet aujourd’hui, un siècle plus tard, car deux des trois zones du « faux Paris » se retrouvent au cœur des installations du Grand Paris Express. La création de cette mégapole moderne fait revivre les traces d’un Paris factice, décor lumineux cherchant à détourner l’horreur.
Cent ans plus tard, le danger est différent mais nous sommes à nouveau dans un état d’urgence. Sur le territoire, les champs ont laissé place à des développements urbains plus ou moins heureux. De nombreux pavillons se répliquent les uns à côté des autres, n’ayant comme attrait que leur caractère neuf. En chantier constant, l’ancien « faux Paris » déroule du béton au kilomètre.
Les photographies, vidées de toute présence humaine, mettent en exergue la monstruosité de ces constructions tantôt pastiches de villas, tantôt blocs de béton. Les installations et les jeux de lumière évoquent à distance les échos de la guerre, et ces quartiers neufs deviennent les décors angoissant d'une fiction contemporaine.

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14 photographies, tirages chromogènes réalisés par Diamantino Quintas, encadrements en inox et aggloméré, 35,5 x 45,5 x 2 cm et 27 x 35 x 2 cm
— Collection Centre national des arts plastiques, Paris

Vue de l'exposition Les Regards du Grand Paris, Les Magasins Généraux, Pantin, 2022


● Voir Lux Fuit, court métrage Super8 en noir et blanc, 4'20 ↗
● Voir Traduire le Grand Paris, ouvrage collectif, Cnap x Ateliers Médicis, 2018 ↗

© Adagp, Paris