Delphine Balley
Updated — 05/04/2022

Charivari

Charivari, depuis 2019
Série de 7 photographies à la chambre, tirages jet d'encre sur papier Fine Art d'après plan-film,
contre-collage sur dibond, châssis aluminium, 110 x 140 cm

« Dans Charivari, j'aborde le thème du passage de la vie à la mort, de sa résolution et de sa représentation dans les rituels liés au carnaval.
D'un point de vue anthropologique, le cycle de la mascarade ou du carnaval débute par une chasse maudite dans les cieux. Ce mythe populaire européen attribue des origines terribles aux bruits nocturnes que l'on entend dans les airs : on a longtemps cru qu'ils étaient produits par une chasse provenant du monde de l'invisible. » D.B.

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Le carnaval se situe pendant l'hiver. Le sol est gelé, on ne peut plus enterrer les morts. Ils sont conservés dans des cabanes en attendant de pouvoir être enterrés et de passer dans le monde de l'au-delà. Les terres ne sont plus cultivables et les animaux se font plus rares. A cette période, la frontière entre le monde des morts et celui des vivants devient poreuse.

Le carnaval est le moment précis où l'homme organise un désordre par de nombreux rituels d'inversion (homme-animal, homme-femme), un charivari pour contrer ce désordre naturel. Ainsi, on espère à l'issue de ce cycle calendaire, un retour à la normal, c'est-à-dire le retour du gibier et des terres cultivables jusqu'alors emprisonnées sous le manteau neigeux.

Derrière ces rituels, il y a la question de l'identité sexuelle. C'est le moment où les sexes s'inversent, où les récits d'apprentissage viennent s'ancrer dans une réalité fondamentale. On questionne l'identité profonde des êtres.

Succédant à un film, ce premier chapitre de Charivari, créé en 2019, sera suivi d'une deuxième partie, actuellement en cours de création. Cette série initiale détaille des scènes de rituels sous forme de portraits ou de natures mortes. Les portraits de cette série s'attachent particulièrement à dépeindre le moment de l'adolescence, période de transition d'un état à un autre. L'esthétique du clair-obscur porte l'affrontement symbolique entre obscurité et lumière propre à cette période du carnaval. Les personnages soufflent, avalent, regardent l'intérieur des bêtes, autant de gestes se répétant durant ce cycle calendaire, gestes qui protègent les vivants du souffle des morts.

Le décor est réduit à son minimum, une chaise, une table, un arrière-plan sombre.
Le bois rustique de la table s'oppose à des éléments de bois plus travaillés, comme cette chaise sculptée. Des bois de cerfs, bois vivant, évoquent les cycles naturels, le moiré d'un tissu les veines du bois.

L'artifice et les forces brutes dialoguent ensemble pour former un langage complexe, celui de la période du carnaval ou le « bas » et ses matières les moins nobles nous rappellent notre condition humaine, pourtant transfigurée par l'immense richesse inventive des formes de rituels carnavalesques. »

Delphine Balley, 2019

In Charivari, I approach the theme of the passage from life to death, its resolution and its representation in the rituals linked to the carnival.
Behind these rituals, there is the question of sexual identity. It is the moment when the sexes are reversed, when the stories of learning are anchored in a fundamental reality. We question the deep identity of beings.

Dans le ventre des bêtes

La chasse maudite 
La voix des oiseaux 
Le cornu 
Lire le sang 
Manger la fève 
Souffler dans les vessies  
© Adagp, Paris