Delphine Balley
Updated — 03/02/2026

L'Arrière-monde

L'Arrière-monde, 2024
Série de 7 photographies, tirages jet d’encre sur papier photo satin, contre-collage sur Forex, dimensions variables

« Ce projet s’inscrit dans une recherche menée depuis plusieurs années autour des conditions de fabrication des croyances parallèles. J’y interroge le besoin de croire, ses modalités, ainsi que la relation entre croyance et image.
Mon travail s’intéresse aux groupes religieux parallèles, au sein desquels les questions du soin, du mieux-vivre et de l’attention portée à l’autre occupent une place centrale. Dans ces contextes, croire et prendre soin impliquent l’établissement d’un lien particulier avec l’au-delà. [...] » D.B.

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Les lectures et la rencontre de Christine Bergé, professeure de philosophie et docteure en anthropologie, ont nourri de manière déterminante la conception de L’Arrière-monde.
Dans La voix des esprits1 et L’au-delà et les Lyonnais2, Christine Bergé analyse le développement du spiritisme à Lyon entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècle, dans ses dimensions sociale, spirituelle et mystique. Le magnétisme animal de Mesmer, le somnambulisme découvert par le marquis de Puységur, les écrits de L’Agent inconnu, ainsi que la figure de Jean-Baptiste Willermoz participent à la diffusion de ce courant, dont Allan Kardec sera le théoricien.

Profondément marqué par la question sociale, le spiritisme propose une vision plus égalitaire, trouvant un écho favorable auprès de la population ouvrière du textile. Le soin en constitue un principe central, reliant le monde matériel à l’au-delà des désincarnés.

« [...] Le projet spirite tente de penser l’errance et le dédoublement de la personnalité [...], ces somnambules sont en puissance des médiums »1, écrit Christine Bergé.
Émerge ainsi la figure du vagabond — automate ambulatoire issu d’une population rurale déracinée — marcheur endormi lié à une nature romantique contenant une parcelle de divin. Ces vagabonds-médiums sont capables de voir à l’intérieur des corps, de diagnostiquer et de soigner. Ces non-savants deviennent ainsi ceux qui savent. 

La peau constitue un fil conducteur essentiel du projet. La Salle du Conseil, dont les boiseries proviennent de l’ancien Hôpital de la Charité de Lyon avant leur réinstallation à l’Hôtel-Dieu, est dédiée à Jean Lacassagne, dermatologue, fils d’Alexandre Lacassagne, médecin ayant travaillé sur la peau à travers l’étude du tatouage. La peau y apparaît comme une surface de passage, de mémoire et de transmission, interface entre l’intérieur et l’extérieur du corps.

Dans les pratiques spirites, la vision des médiums traverse la peau des souffrants afin de voir depuis l’intérieur et d’entrer en dialogue avec les désincarnés. Cette traversée fait écho aux gestes du soin et aux savoirs du corps, au cœur de l’histoire hospitalière du lieu.

J’ai imaginé un ensemble de photographies mises en scène, mêlant décors, figures, symboles et artifices, installées à même la peau des boiseries de la Salle du Conseil. Le dispositif prolonge l’espace vers un Arrière-monde, constituant un seuil entre visible et invisible, un sas d’expérience où le spectateur est invité à éprouver, par le regard, une forme de soin symbolique et de partage sensible.

1 La voix des esprits. Ethnologie du spiritisme, Christine Bergé, Éditions Métailié, 1990, p. 43
2 L’au-delà et les Lyonnais. Mages, médiums et francs-maçons du XVIIIᵉ au XXᵉ siècle, Christine Bergé, Éditions LUGD, 1995

Channeling, 2024

Dessin spirite, 2024

L’agent inconnu, 2024

L’Arrière-monde, 2024

La loge bleue, 2024

Lire la peau, 2024

Magnétisme animal, 2024

Vues de la 17e Biennale d'art contemporain de Lyon, Cité Internationale de la Gastronomie, Lyon
Photos : © Jair Lanes

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© Adagp, Paris